Comme un fluide tannique, la musique de Joy Angst est directe, épidermique, et élégante tout à la fois. Ses aspérités intriguent, ses recoins attirent, comme des secrets. Ses accents rugueux, râpeux, acides parfois, surprennent. Mais chez Joy Angst, c’est avant tout l’orfèvrerie des mélodies et arrangements qui entraîne, emporte.

Flash-back, quelques années en arrière. Joy Angst aka Coralie sort d’un précédent projet musical, avec un besoin de changement, un besoin de se recomposer, de composer sur ce qu’elle est, sur ce qui change, sur ce qui l’attriste et la mine, parce qu’à ce moment-là elle se perd. Elle est perdue dans la grande ville, elle n’a plus l’envie. Une agréable mélancolie se révèle pourtant, naturellement, alors qu’elle écrit son premier titre sous le nom de Joy Angst. Elle continue à composer, à écrire simplement, et peu à peu c’est le schéma de ses angoisses qui prend forme sous sa plume. Joy Angst nous parle de ses peurs et effrois intimes.

Dès 2014, Joy Angst enregistre des démos de ses chansons et joue plusieurs dates en France. En 2016, elle partage l’affiche du festival Les Femmes S’en Mêlent, sur la grande scène du Brise-Glace à Annecy (F), avec Shilpa Ray (USA) et Aldous Harding (NZ). Le public lui réserve un accueil chaleureux, ses titres font mouche. Basée à Annecy, en Haute-Savoie, Joy Angst (chant, guitare) est accompagnée en live par Antoine Vial-Collet (batterie), Matthieu Vial-Collet (guitare) et Guillaume Giazzi (basse).

The Nest : sortie EP 11 mai 2017
Avec The Nest, son premier EP 6 titres, Joy Angst déroule un fil entre puissance et fragilité, un récit en plusieurs teintes. Porté par une voix au timbre singulier, parfois sur la brèche, le disque fait la part belle à la brillance des guitares, à des sons vintage et surf qui amènent grain et profondeur au projet. Cordes et claviers contribuent à tisser une atmosphère organique. On frissonne sur les nappes de synthés lynchiens de Colors, on succombe aux accents puissants et au piano syncopé de Through the Sounds. On vibre aux échos sombres et caverneux de Dream Sellers. On monte en tension, en rage presque, sur Angst. Porté par le single Le Noir (ça ne fait pas peur), aux chœurs et au riff entêtants, The Nest nous entraîne dans un élan quasi-reptilien. Franche et délicate, Joy Angst dévoile ici un univers tout en sensations, où chaque morceau se révèle sans retenue, sans forcer le trait.
The Nest nous raconte un chemin, une transformation. Le visuel de la pochette est inaugural : l’oiseau s’élance dans un froissement d’ailes, comme une caresse apaisée, hors du nid au sein duquel il a forgé ses angoisses. Cette mise en mouvement présage de nouveaux territoires à explorer, étincelants, radieux, dans le sillage d’un paradoxe qu’on retrouve jusque dans le nom de l’artiste. «There is a crack in everything. That’s how the light gets in. » *, chantait Leonard Cohen. C’est la promesse que nous fait Joy Angst avec The Nest, et qui se matérialise dans son dernier titre éponyme, au minimalisme heureux.
* «Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière. »